Agir au moment décisif

Les commentateurs sportifs sont les lecteurs à voix haute d’une histoire qui s’écrit en direct devant des centaines de milliers de personnes. Les auteurs, eux, sont sur le terrain. Parmi ceux-là, certains ont davantage le sens de l’histoire que d’autres. Ils ont cette expérience du moment décisif où tout bascule, de ce moment à saisir pour changer le cours d’un match et obtenir « un résultat ».Être sur le terrain. Obtenir un résultat. Écrire l’histoire. Voilà les grands objectifs que se donne Didier Drogba au sein de sa Fondation.

« J’ai quitté très tôt ma famille pour grandir dans celle du football. Quand maintenant je quitte celle du football, c’est pour grandir dans une autre famille, celle de la philanthropie. Si un médecin peut aider à guérir là où il manque de soins; si un professeur peut aider à comprendre là où il manque d’enseignements, qu’est-ce qu’une célébrité peut donc apporter d’essentiel à la communauté? Je crois en l’importance de braquer les projecteurs là où il manque de lumière, car cela prend de la lumière pour grandir, peu importe sa famille. »

Changer le cours de l’histoire n’est pas donné à tout le monde. Lorsqu’on a connu cette grâce, bien des barrières tombent : celles du découragement, du cynisme, du manque de confiance. Lorsqu’on a l’élan et l’« élégance » de se jeter à genoux pour célébrer un but avec la foule, on devient capable de se jeter à genoux pour qu’une nation fasse la paix. C’est une question d’échelle et de terrain, comme en 2006, lorsque Didier Drogba capte l’attention du monde après la qualification historique de la Côte d’Ivoire en s’agenouillant en compagnie de coéquipiers du Nord (Touré), du Sud (Boka) ou de parents guinéens (Barry) pour illustrer la capacité des Ivoiriens et Ivoiriennes de cohabiter et de jouer tous ensemble.Cette capacité à rassembler, c’est aussi une question de leadership où bien sûr l’ambition et l’humilité se rejoignent.

« Aujourd’hui, on vous le demande à genoux: un pays qui a toutes ces richesses ne peut pas sombrer dans la guerre comme cela.»

Ce scénario ne correspond de prime abord à aucune stratégie. Sa Fondation, Didier Drogba la crée en 2007 pour répondre à une obligation morale qui s’impose à lui, à ce sentiment qu’il doit faire une action durable, quelque chose qui ne meurt pas. Mais quoi? La réponse viendra le 29 mars 2009 à la suite d’un de ces drames survenus à l’ombre des grands événements sportifs, et qui transforment de manière absurde l’allégresse en deuil. Ce n’est qu’après la rencontre opposant la Côte d’Ivoire au Malawi que le capitaine des Éléphants est mis au courant de la bousculade qui s’est produite à l’extérieur du stade et qui a fait 19 morts et 32 blessés.

Il se rend alors à l’hôpital rendre visite aux personnes blessées. C’est là qu’il fait la connaissance de Nobel Assamoi Yao, un enfant de 7 ans atteint de leucémie et dont les parents sont émotivement et financièrement à bout de souffle. Répondant à cette situation pressante, Didier Drogba alerte sa Fondation afin que l’enfant puisse être opéré à Genève où tout fut tenté pour le sauver. Malgré l’échec de la médecine, cette expérience fut fondatrice et permit d’établir avec plus de clarté et de force la raison d’être de la Fondation. Celle-ci allait intervenir principalement sur le plan de la santé et de l’éducation.

Une fois cette voie tracée, les projets se succéderont avec, toujours en toile de fond, l’importance de contribuer à plus de paix dans son pays et sur le continent. Tandis que Didier participe à titre personnel à la Commission « Vérité et réconciliation » (2011), sa Fondation s’engage dans la lutte contre le paludisme (2012), l’Ebola (en collaboration avec la BAD en 2014); tient un grand événement caritatif pour financer la construction d’un centre ambulatoire pédiatrique à Abidjan; voit à l’édification d’une école à Gagnoa en partenariat avec Nestlé (2016) et à la réalisation d’un véhicule médical original, « The Heart Mobile », permettant d’effectuer le dépistage des maladies cardio-vasculaires dans les villes et villages de Côte d’Ivoire (2016).

Didier Drogba, par le biais de la Fondation,  contribue à mieux faire connaître l’agriculture durable et un nouveau moyen de combattre la faim dans le monde. Par l’implantation d’un programme d’autonomisation de la femme, par l’entremise d’une formation en développement des champs de manioc, permet la mise en branle d’autres projets dans la région. N’est-ce pas dans toutes ces actions que se situe la véritable surface de « réparation »? N’est-ce pas là qu’il faut savoir agir au moment décisif?

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